LA GRANDE MURAILLE VERTE : QUAND L’UTOPIE DEVIENT REALITE

Publié le 23/11/2022 - 14:04
Mis à jour le 23/11/2022 - 14:09
LA GRANDE MURAILLE VERTE : QUAND L’UTOPIE DEVIENT REALITE

L’idée d’un mur forestier de 7.000 km de long sur 15 km de large traversant la grande région sahélienne de Dakar à Djibouti a trop longtemps été critiquée comme un projet utopique. Force est de constater aujourd’hui que ce programme panafricain, lancé en 2007 par l’Union Africaine, a fait du chemin.

Embarquer onze États sur un agenda et une vision partagée d’une initiative portée par l’Afrique au service des populations les plus pauvres des régions les plus sèches du continent était un véritable exploit. Et l’Union africaine n’a rien à̀ envier à l’Europe : ne s’est-il pas passé douze longues années entre le discours fondateur de l’Europe par Robert Schumann en 1950 et la naissance de la politique agricole commune en 1962 ? L’espace sahélien comptera plus de 500 millions d’habitants d’ici 2050 et l’édification de systèmes alimentaires fondés sur des modèles d’agriculture durable face aux évolutions du climat sera incontournable.

La Grande Muraille Verte (GMV) se forge ainsi sur la capacité de résilience des Sahéliens, dont plus de 70% vivent de l’agriculture et de l’élevage. Les solutions proposées par les Agences de Développement internationales n’ont pas été en mesure de prendre le relais des grandes opérations d’urgence qui continuent de se justifier face aux multiples crises que traversent les États du Sahel. Elles résultent trop souvent de programmes fondés sur les modèles classiques des révolutions vertes privilégiant des cultures de rente (arachide, coton, le riz irrigué…) coûteuses en infrastructures et s, dépendant de la fertilisation chimique et de pesticides.

Cette politique agricole imposée aux paysans du Sahel n’a bénéficié ni à l’économie locale, ni à la nationale. Elle a accentué l’endettement et fait disparaître des systèmes de vulgarisation agricoles soi-disant « trop coûteux » aux yeux des bailleurs de fonds. Trente 30 années peu glorieuses ont laissé à l’abandon le monde rural et tout le secteur primaire en l’état. L’exode vers l’Europe des jeunes ou de familles entières est la conséquence d’une économie de marché défavorable pour le continent africain dans un monde globalisé.

Le secteur agricole africain est pourtant celui qui connaît la croissance la plus forte au monde. En visant la restauration de 100 millions d’hectares de terres dégradées dans les zones arides, l’initiative de la GMV, qui promeut aujourd’hui les systèmes agroforestiers durables, devrait alors être au cœur de l’agenda politique des États du fait de sa contribution au développement agricole. Plusieurs pays ont déjà compris que ce n’est pas l’affaire des seuls ingénieurs forestiers, mais l’affaire de tous : l’Éthiopie avec de larges plans de restauration des bassins versants, le Niger avec le programme Regreening Africa, le Sénégal avec l’Agence sénégalaise de la reforestation … La GMV propose une alternative aux importations massives de produits alimentaires et favorise une plus grande souveraineté.

La GMV reste encore peu comprise par le grand-public et les communautés sahéliennes bénéficiaires. En proposant de construire un narratif pour les pays du Sahel autre que celui basé sur les crises et les famines, elle apporte une réelle opportunité à promouvoir tous les produits locaux chargés d’histoire (la gomme arabique, le karité, le balinites ou « savonnier »…). En bâtissant des systèmes d’exploitation durables et de solides communautés d’écopreneurs, elle pourra atteindre l’objectif de créer 10 millions d’emplois sur son tracé.

La GMV dépasse les métiers de la reforestation et de l’agriculture. Elle ouvre de nouvelles voies sur toutes les sciences sociales, le développement local, les technologies, la culture et l’entrepreneuriat. Nous ne devons pas louper cette belle occasion de tisser de nouveaux liens entre les pays du Sahel, ses voisins et les pays des autres continents.  Il doit s’agir d’une relation basée sur le partage des connaissances, l’apprentissage endogène et la co-construction, à l’exemple du partenariat récemment mise en place entre l’ASRGMV de Dakar et les étudiants de l’ISTOM d’Angers. C’est pour permettre aux acteurs locaux de partager leurs initiatives et de construire des communautés d’apprentissage que SOS SAHEL a créé, avec le soutien des institutions panafricaines, la Plateforme des Partenaires de la GMV.

Sa réussite dépendra enfin de la capacité des États et grands financeurs internationaux à développer de nouveaux modèles de financement plus inclusifs, portés par les acteurs locaux, coordonnés à l’échelle des territoires pour des investissements sur le long terme. L’accélérateur de la GMV avec la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification a mobilisé plus de 17 milliards de dollars. A moindre échelle, le programme SGP-GEF (PNUD) et SOS SAHEL ont associé leurs efforts pour soutenir les projets d’agro-écologie dans 7 pays de la GMV. Les collectivités territoriales exercent un rôle majeur dans la planification et la maitrise d’ouvrage locale, ce qui implique que les autorités locales soient au fait des objectifs de la GMV et puissent formuler des projets « labellisés », reconnus par les Agences Nationales et l’Agence Panafricaine de la GMV.

Comme l’a exprimé sa jeunesse face à Emmanuel Macron lors du nouveau Sommet Afrique France en 2021 à Montpellier, l’Afrique attend un partenariat d’égal à égal pour un développement conçu par les Africains et pour les Africains. La vision d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène internationale » (Agenda 2063 de l’Union africaine) avance lentement mais se réalise assurément avec l’Initiative de Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel. Désormais, l’utopie devient réalité.

 

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